Billets qui ont 'vie de bureau' comme mot-clé.

Avant la soutenance

Préparation le soir alors que j'aurais pu le faire depuis une semaine. C'est agaçant cette procratination. Je m'agace moi-même.

Conversation de comptoir dans la cuisine.
Moi: — La vie est trop confortable, les gens n'ont plus besoin de Dieu.
H. : — Surtout on a la science.
O. : — Ou plutôt les gens n'ont plus peur: qu'est-ce que je vais devenir s'il pleut, si je n'ai pas à manger…

L'argument de la science m'a prise par surprise. Je ne pense jamais que la religion remplaçait la science, tant je suis habituée à penser physique/métaphysique.

———————

Au bureau, un circuit permet d'entrer par un ascenseur et de sortir par un autre.
Dans l'ascenseur principal, nous devons entrer à deux et nous tenir dos à dos.
(Inutile, il n'y a toujours personne.)




Double déconfinement

Retour sur l'eau. Pas plus de huit bateaux sur l'eau à la fois, pas de vestiaire, pas de WC (c'est le plus dur), une tente d'accueil avec gel et masques pour laisser nos sacs. Nous devons réserver notre créneau en ligne.

Orage hier soir (cela a lavé les roses pleines de sciure). Ce matin il a plu tout le long du chemin pour le club mais cela s'est arrêté à onze heures, juste à temps.
Deux boucles: j'ai cru que je terminerai pas la première (le souffle), j'ai ralenti, je me suis concentrée sur mon mouvement, je n'ai pas vu passer la deuxième. L'équilibre vient tout de suite dès que je prépare plus tôt.

Au bureau. Seule. Seule sur tout l'étage, peut-être six personnes dans tout le bâtiment si j'en crois les voitures au parking. Je commence par manger ma boîte de sardines à l'huile et mes galettes de riz. Spartiate. Je n'ai pas le choix, je me suis aperçue que je n'avais ni monnaie ni carte bleue, impossible de m'arrêter quelque part en terrasse. J'ai dégoté trente-cinq centimes dans une coupelle sur mon bureau, juste de quoi prendre un café au distributeur (le moins cher. Le plus cher est à soixante centimes) mais ma pièce de deux centimes et mes trois de un n'étaient pas acceptées. J'erre pieds nus (mes chaussures sont trempées) sur le plateau (nom donné à la totalité de l'étage puisque c'est un open espace sans cloison. Il est lumineux car creusé d'une grande cour intérieur). Personne depuis mi-mars, des comptes rendus de réunion abandonnés sur les bureau rappellent cette date, c'est Pompéi saisi en pleine activité — moins la cendre.
Je trouve une machine à café avec des capsules de café, je m'en sers un; je cherche une bouilloire pour me faire un thé car la fontaine d'eau bouillante de la salle de repos est condamnée. J'ai l'impression d'être Robinson à la recherche d'outils dans les débris du naufrage.

Je dépouille dix ou onze semaines de courrier. J'ai mis la messe de Bernstein un peu fort. Quel morceau étonnant. Je trie par genre de demandes ou de réponses, je partage entre ma collaboratrice et moi-même. Je prépare un sac, ramette de papier, enveloppes, tampons, boîtier pour les virements bancaire, bordereaux de remise de chèques, chemise comptable.
Je passe chez elle lui amener tout ça, ça lui évitera de venir au bureau un bon moment encore. De chez elle à chez moi, 64 km (42 km à vol d'oiseau, mais c'est trente minutes plus long). Il fait gris, presque froid. Je commence à être fatiguée.


J'ai profité de la voiture pour ramener un peu plus de livres que d'habitude:
- Arthur Rubinstein, Les jours de ma jeunesse
- Robertson Davies, La lyre d'Orphée: lu en 1996. M'a marquée bien que ce ne soit pas un "grand" auteur. Foisonnant.
- William Faulkner, Le Domaine (jamais entendu parler de ce titre)
- E.M. Forster La route des Indes, référence camusienne
- Alphonse Daudet, Numa Roumestan

Divers

Journée de formation sur la (les) responsabilité des administrateurs de Mutuelle. La précédente avait eu lieu en février 2013, je n'avais rien noté sur ce blog. J'étais plus discrète alors, il est fort possible que je sois trop indiscrète aujourd'hui. Peut-être suis-je trop persuadée que ceci, ce blog, n'intéresse personne: il suffirait d'un.
D'un autre côté, mes commentaires sur l'état des différentes sociétés et organismes sont dans la presse ou sur le net.

O. a son permis. Etrange impression. Voilà, voilà, voilà. Il est indépendant, je suis encore plus libre.
C'est un soulagement de ne pas avoir eu d'accident. Mener un projet contre l'avis de son conjoint, c'est le mener rongé par le doute, c'est se demander à tout instant: «et s'il avait raison?»
Le camp scout d'O. est en août, nous parcourrons donc l'Europe en juillet.

Seul soir de la semaine où je n'ai rien de prévu (si, il y avait cela, mais j'ai décidé de ne pas y aller).
Dead Man avec O., vautrés sur le divan. Je ne me lasse pas de cette bande-son. Exebeche, «who talks loud, signifying nothing». J'y pense souvent.

Vent

Il n'y a plus que des histoires de trains et d'aviron à raconter. Ce n'est pas si mal, une vie sans histoire. C'est reposant. Raconter rien. Une contrainte comme une autre.

Quatre à midi. Dominique, Dominique, Patricio, moi au un, barre au pied. Beaucoup de vent mais pas de péniche.

Journée à traiter des mails. Je consacre trois quarts d'heure par jour à ranger le bureau, en prévision du déménagement. J'ouvre les cartons, les chemises, je jette, je classe, je rationalise. Mercredi, le délégué syndical qui distribuait le compte rendu du CE nous a dit que les résultats étaient catastrophiques mais que «la bonne nouvelle c'est qu'il n'y aura pas de casse sociale, ils (comprendre "le groupe") nous gardent».
Euh…

Décidément, il faudrait que je trouve ma voie.

D'une case à l'autre

Je suis rentrée démoralisée. Je me suis encore échauffée avec A. (ou contre A., mais je n'ai pas envie d'être contre A.)

En 2014 ou 2015, un "accord national interprofessionnel" (ANI) a changé quelques règles concernant la couverture santé des salariés. En particulier, tout salarié qui quitte son entreprise conserve gratuitement sa couverture santé pendant une durée au moins égale à son contrat de travail1. Ce dispositif a pour nom "portabilité". Pour pouvoir en bénéficier, il faut percevoir une allocation chômage.

Ce soir nous avons eu l'appel d'une ex-salariée dont le congé maternité vient de commencer: elle est sortie de la case "chômage" pour entrer dans celle des "indemnités journalières de la sécurité sociale" (IJSS). En conséquence de quoi, la complémentaire de la branche assurance (le RPP) a interrompu sa couverture (l'a radiée) au prétexte qu'elle ne touche plus d'allocation chômage.

J'appelle A. (elle-même enceinte), juriste et administrateur de la mutuelle, pour savoir ce qu'elle sait, expérimentalement, des remboursements quand on est enceinte:
— C'est pris à 100% mais il ne faut pas qu'il y ait de dépassement, il faut qu'elle fasse attention, qu'elle aille à l'hôpital pour l'accouchement.
— Mais c'est vraiment ce que le RPP voulait? Il voulait vraiment ne pas couvrir les femmes enceintes, ce n'est pas un effet de bord imprévu? Mais il pourrait le dire, au moins oralement s'il ne veut pas l'écrire, qu'on prévienne les gens, qu'on les renseigne!
— Mais les gens devraient se renseigner tous seuls, quand même! On fait attention, on ne tombe pas enceinte n'importe quand!2!
— Mais justement : elle est au chômage, elle fait un bébé, ça ne gêne personne. Comment voulais-tu qu'elle imagine que cela allait lui couper la mutuelle? On s'imagine tous en France que les femmes sont davantage protégées quand elles sont enceintes, et pas moins! Ceux qui se renseignent, soit ils se sont déjà fait avoir, soit ce sont des fraudeurs. Les gens normaux regardent juste leur compte en banque pour vérifier qu'ils ont de quoi vivre. Alloc chômage ou IJSS, ils s'en fichent. Et comment veux-tu imaginer que passer de l'un à l'autre va te couper la mutuelle? C'est normal de ne pas imaginer ça!
Devant mon énervement, elle sort un atout de sa manche:
— Il me semble qu'il y a controverse: la portabilité est due si la personne a droit aux allocations chômage, mais il y a interprétation: cela veut-il dire qu'il faut que la personne les touche effectivement, ou suffit-il que sa situation soit telle qu'elle lui en ouvre potentiellement les droits?

Les bras m'en tombent. C'est tout ce qu'elle trouve à me dire? Il faut que les salariés soient tous des as de la jurisprudence?
A bas les juristes. A bas les Romains. Qu'on me rendent les Grecs!!


Note
1 : à condition d'avoir travaillé au moins un mois. La durée de la garantie gratuite est plafonnée à un an.
2 : passons sur le manque de solidarité féminine qui m'estomaque.

Comment s'occuper au bureau

Eh bien par exemple, quand on a un client qui habite rue des maîtresses gentilles, aller vérifier sur google l'aspect de la rue; en se disant que si c'est une rue ancienne aux hauts murs, il s'agit de la rue d'un ancien bordel, mais que si c'est une rue moderne, il s'agit sans doute d'institutrices.

En l'occurrence, une rue de la fée et une rue du lapin vert dans le lotissement laissent supposer (ou espérer) que les noms ont été donnés par des enfants.
Les billets et commentaires du blog Alice du fromage sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.